15 février 2007

Voir sous un nouveau jour les chapelles avec Lucie

Depuis l'automne, l'Atelier d'Estienne, a décidé d'enrichir sa programmation par des rendez-vous ponctuels, proposés sous forme de soirées ou de week-end événementiels intitulés "ponctuations". Pour cette deuxième invite, le public pourra, dans le cadre d'un parcours nocturne, voir sous un nouveau jour les trois chapelles scorvipontaines. "Travaillant autour de la lumière, les 3 artistes, John Cornu, Marcela Gomez et Sophie Hutin, ont conçu des œuvres qui s'inscrivent au cœur du patrimoine religieux, s'en nourrissent et l'habitent. Jouant avec la lumière et l'obscurité, l'apparition, la disparition, les installations nous invitent à regarder autrement, à saisir l'invisible, à questionner l'immatérialité de la lumière " explique Nathalie Le Goff, la responsable de la galerie municipale d'art contemporain. A Lesbin, dans l'ancienne église paroissiale vidée pour l'occasion de ses bancs, c'est John Cornu, jeune plasticien de 30 ans, qui a pris possession des lieux. Avec lui point de tableaux accrochés aux cimaises, il préfère, après avoir pris le temps de découvrir cet espace, sa vocation et son utilisation, jouer avec la lumière pour mieux le révéler. " La vue c'est la lumière et il n'y a pas d'oeuvre sans lumière " explique l'artiste qui s'est ainsi réapproprié des éléments de la chapelle telle cette rosace de la sacristie désormais murée qu'il "ouvre" sur l'horizon. Les installations de John Cornu se fondent sur un procédé d'apparition et de disparition ". Des oeuvres éphémères mais cela ne gène en rien le plasticien qui n'entend pas inscrire son travail de façon pérenne. Pour lui c'est la situation esthétique qui est l'oeuvre."Je fait un art contextuelle qui s'enrichi des rencontres. Je viens avec des idées qui évoluent, se nourrissent, au fur et mesure de leur mise en place, des réflexions des uns et des autres " résume l'artiste parisien, attaché à l'enseignement et à la recherche à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne qui a également collaboré à la Nuit blanche de la capitale en 2005. medium_Photo_1528.jpg

le public fait bombance de bons mots avec Lucien Gourong

medium_LGOURONG.2.JPG2007, année de la gastronomie en Bretagne selon le Comité régional du Tourisme. Lucien Gourong l'a illustré de fort belle manière en dévoilant, à la médiathèque, "Des mets et des mots", son spectacle en chantier dont il entend concocter la version finale avec des petits marmitons spectateurs.

Si, pour le conteur Lucien Gourong, tout commence comme il se doit par "cette année là...", ensuite c'est dans un univers bien différents des farfadets, fées et autres personnages qu'il a entraîné son auditoire. Avec malice et délectation, il conduit son public autour des fourneaux ou à table, mêlant les mets aux mots. Vêtu d'un pantalon et d'une chemise noirs, dévoilant des rondeurs qui témoignent de sa gourmandise, il va, durant près d'une heure trente, mitonner un vrai festin évoquant tour à tour les viandes, les légumes, les poissons ; le tout nappé de bons mots. Il entremêle la petite et la grande histoire, le vrai et le faux sans que public puisse savoir où se situe la vérité. Mais telle est la force du conteur. Lucien Gourong, savoure chaque mot, chaque sous-entendu, distille avec gourmandise les évocations de poireaux à la vannetaise, du kig ha farz ; en raconte " des vertes et des pas murs, des histoires d'andouilles, de navets qui sont tellement navets que même TF1 les a refusés ! ». Le conteur surprend son public lorsqu'il entonne, avec la complicité de son accordéoniste, un " Elle aime à rire, elle aime à boire... ». La salle chante à son tour. Ses yeux pétillent, un sourire illumine son visage, on ne sait ce qui le fait saliver le plus : les mets qu'il décrit ou les mots avec lesquels il joue prenant à l'occasion des intonations à la Jean-Pierre Coffe quant il se fait le défenseur du terroir breton, "de son gras, son vrai gras, de son beurre salé."
Les bons mots notamment de Paul Scaron, le premier mari de Mme de Maintenon, ou de Pierre Dac côtoient les souvenirs, ceux des "repas des funérailles bretons où l'on mange mieux qu'à un mariage à Paris", des noces bretonnes "ou l'on tuait trois cochons et demi, mettait en perce 12 barriques de cidre, 10 tonneaux de vin et une carafe d'eau ! " Des histoires évocatrices chez les spectateurs qui approuvent en souriant, commentent à mi-voix. Lucien Gourong salive, essuie sa bouche presque machinalement comme s'il venait de faire bombance, lorsqu'il évoque le pain de Savoie à la crème au chocolat de sa maman, l'oie dévorée par la gloutonne Gervaise de l'Assommoir. "Ah qu'ils étaient heureux, ils ne mangeaient pas de hamburger (prononcé amburgure !)" déclare le gourmand conteur qui clôture son menu par l'évocation du pot au feu de sa meumé de Groix, sa madeleine de Proust (une tartine de pâté trempée dans le chocolat chaud), et une version personnelle de la chanson Les amoureux de Saint-Jean ou l'on trouve une tartine et une bernique !
Si tout comme lors de certains repas de famille, il peut y avoir quelques longueurs dans "ces mets et ces mots", les "convives", malgré tout, sortent rassasiés et satisfaits de ces agapes littéraires qui mettent en appétit à tous les sens du terme. Un spectacle qui va être mis et remis sur le fourneau, durant les Rencontres d'hiver qui se terminent le 4 février, avant de devenir, sans aucun doute, lors de sa sortie officielle à l'automne, un grand met à déguster sans modération.

14 février 2007

Michèle Nguyen, une ode au voyage intimiste

Michèle Nguyen a, au cours de deux soirées, proposé au public du Strapontin une trilogie : trois histoires pour trois temps d'un parcours personnel qui pouvaient se découvrir totalement ou partiellement. Cmedium_Photo_1371.jpges deux soirées se voulaient intimistes, elles le furent tant pas la prestation de l'artiste qui a, un peu sous le signe de la confidence, dévoilé des moments de vie, de sa vie (?) que par le nombre de spectateurs, une trentaine à chaque représentation.
Ce petit bout de femme née en Algérie, d'un père vietnamien et d'une mère belge, seule en scène, pied nu, vêtu de noir, sans l'artifice d'un décor, a entraîné le spectateur dans les méandres de la vie mais aussi dans un beau voyage en terre vietnamienne. Le public se fait tour à tour voyeur ou partenaire lorsqu'il est pris à parti de ces moments intimes ou l'on croit, où l'on pense, percevoir un récit autobiographique comme lorsqu'elle narre les débuts d'une conteuse. L'occasion pour elle de marier le récit biographique à des histoires merveilleuses de dieux égyptiens. Pour donner plus de force à son récit, à ses histoires, Michèle Nguyen sait aussi se faire comédienne, dépeignant parfaitement par les mimiques, les accents les personnages qu'elle campe et avec lesquels elle traduit la séduction, l'amour, la naissance mais aussi la mort d'un être cher. Ses gestes épurés, appropriés, ne font qu'accentuer la justesse de ses mots. Elle sait également donner toute leur place aux silences qui peuvent alors en dire long. "Je voudrais vous parler d'une musique" lance t'elle à plusieurs reprises. Son monologue en est une. A l'instar d'un cours d'eau, elle fait ruisseler les mots, sans fioritures, sans excès, alternant le débit. Pour la troisième partie de cette trilogie, des sons d'ambiance de rues commerçantes au Vietnam, des bruits de circulation ne font qu'accentuer son propos. Elle entraîne alors plus encore le spectateur dans "son" voyage. On est loin des clichés. Le public se créé mentalement ses images, part en Extrême-Orient sans quitter son fauteuil. Au terme de ces soirées, les (trop) rares spectateurs se disent émus, touchés, impressionnés par la présence de Michèle Nguyen ; on le serait à moins...