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14 février 2007
Bambi, elle est belle ... : quand humour et talent combattent le racisme
Avec "Bambi, elle est noire mais elle est belle", c'est le racisme ordinaire qui est dénoncé avec force par une artiste extraordinaire de présence en scène, extraordinaire d'humour, extra ordinaire... Vendredi soir, au Strapontin, durant plus d'une heure, le public sous le charme de cette auteur interprète, un brun malicieuse, a alterné rires, émotions et réflexions.
Le noir se fait dans la salle. Sur l'écran blanc, comme lors d'une séance de cinéma, apparaît un ban titre " Bambi". Une voix off annonce : Il était une fois... Tout débute un peu comme l'histoire de Wald Disney. Stop ! Là s'arrête la ressemblance. Les spectateurs du théâtre scorvipontain en ont découvert une toute autre version. La Sénégalaise Maïmouna Gueye, vêtue d'une robe pagne blanche apparaît en chantonnant une mélopée africaine. Si, comme la Lily de Pierre Perret, Bambi est plutôt jolie, qu'elle croyait qu'on était égaux au pays de Voltaire et d'Hugo, elle dénonce tout aussi bien cette intégration qui lui est refusée en France que le poids des traditions et la place qui est faite à la femme au Sénégal.
Pas le droit d'être femme
Avec humour, regard de biche et de braise, émotion dans la voix, Bambi raconte sa jeunesse, pointe du doigt ces mots et expressions qui stigmatisent le noir, mettent sur un piédestal le blanc ; ces clichés qui la prédestinaient à vivre avec un "toubab" (blanc), elle qui n'a pas ces formes plantureuses, ses fesses rebondies qui, sur le continent noir, font le charme des femmes. Elle évoque ce père, immigré clandestin, parti rejoindre "Madame La France" ; révèle alors, sans pudeur mais avec délicatesse, cette face de l'émigration passée sous silence : la solitude de ces épouses restées au pays " qui n'ont plus le droit d'être femme et qu'aucune parole ne caresse. " Celle de Maïmouna se fait acerbe pour décrier tout à la fois l'interdiction de tous plaisirs même solitaire que la rumeur, ces " on" qui ont tout vu..." Maïmouna Gueye dépeint toujours avec cette parole aigre douce, le mirage de l'eldorado français où on lui demande de se « contenter d'être une bonne négresse (avec l'accent). » Résolue à gagner son intégration, « jusqu'à la désintégration, à dire que c'est bon le camembert ! » elle n'en perd pas son humour, présente avec malice cette belle-mère qui voulait la réduire à l'image d'Épinal du noir de « y a bon Banania », mangeur de banane ! Les maux du conservatisme et du racisme deviennent avec elle de bons mots qui se font salvateurs.
la connerie n'a pas de couleurs
«Tout le monde est différent alors s'intégrer et s'adapter à l'autre c'est l'enfer ! A force de s'intégrer, on oublie d'ou l'on vient. » "La connerie n'a pas de couleurs", l'amour non plus. Finalement son Panpan, c'est dans le métro que Bambi le trouvera. « Il n'a pas les yeux bleus, mon amour sera donc daltonien ! » Elle continue de jongler avec l'humour, l'ironie, les propos imagés et de dénoncer ce racisme malicieux, cette bêtise ordinaire. "Il était raide de partout sauf d'où j'espérai. Tu es homosexuel ? Non, je suis tout à fait normal ! Mais les homos le sont aussi ! " s'insurge-t-elle.
Belle tout simplement
« Bambi, elle n'est pas noire mais belle, mais belle tout simplement ». On en oublie donc sa couleur. Maïmouna Gueye est belle. Belle et forte d'un message universel, d'une ode à la différence brillamment exposés. Et ce n'est pas sans espièglerie, sans un dernier pied de nez à la "bonne société", qu’elle clôture son spectacle par un "Alléluia, il bande !"...sur lequel s'enchaînent les applaudissements nourris.
23:40 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







