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14 février 2007
Lucie éclaire la nuit scorvipontaine
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A la nuit tombée, chaque week-end, autour des chapelles et de l'église de Pont-Scorff, se forme un curieux ballet. A la lueur d'éclairages tremblotants, des ombres se tordent, s'animent, des gens s'engouffrent dans ces édifices pour en ressortir un peu plus tard, les yeux souvent ébahis, le sourire au lèvres. Avec la proximité du solstice d'hiver qui fait ressurgir dans les esprits mille et une histoires, la rumeur enfle... Les questions se chuchotent à mots couverts surtout depuis mercredi soir. On y a vu près d'une centaine de personnes déambuler. Il y avait même le curé et le maire ! En tendant l'oreille, on pouvait y entendre des histoires de chauve-souris, de diable et... d'éléphant rose ! Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ?
"Sainte Lucie le plus court des jours, la plus longue des nuit" dit un adage populaire. Elle se fête le 13 décembre, jour où tombait le solstice d’hiver selon le calendrier julien. L'occasion de célébrer la lumière. Une pratique qui a surtout cours dans les pays nordiques, mais qui, cette année, avait aussi sa place à Pont-Scorff. 90 privilégiés ont participé à La nuit de Lucie, une animation initiée par le Théâtre le Strapontin et L'Atelier d'Estienne
Une occasion de découvrir, sous un nouveau jour le patrimoine religieux tout en y associant les arts plastiques et de la parole. Une soirée plébiscitée composée de moments privilégiés imparables pour susciter l'émotion et les échanges. Échanges entre l'ombre et la lumière, échanges entre deux pratiques artistiques, échanges entre les générations, échanges entre deux univers, deux publics, celui des "manuels", de ces petites mains populaires qui à force de travail ont restauré le patrimoine et celui des "intellos" férus d'expositions, de spectacles, de rendez-vous culturels.
19 h, le public se presse aux abords de l'église. Une femme, un peu fantasque, enveloppée dans un manteau de fourrure et à l'accent étranger va vers les uns et les autres, les embrassant, les accueillant chaleureusement. C'est pour beaucoup la surprise mais donne déjà le ton de ce rendez-vous unique où tout un chacun ira d'étonnement en étonnement. A l'intérieur c'est la pénombre qui domine. Après avoir découvert les installations des plasticiens, tous prennent place pour écouter Jeanne Ferron présentée par la fameuse personne atypique qui s'avère être une clown qui accompagnera le groupe tout au long de sa pérégrination. La conteuse entraîne son auditoire dans les entrailles de la terre quant tout à coup le projecteur s'éteint. Clin d'oeil de Sainte Lucie ! Qu'à cela ne tienne, cet aléa technique ne l'empêche pas de poursuivre, éclairée de simples bougies. A Lesbin, après avoir parcouru une allée lumineuse dans le cimetière, les participants se laissent surprendre par les créations de John Cornu qui travaille avec la lumière noire. Une technique qui rend énigmatique les regards, les sourires. Sylvain Cesbron monte en chaire pour un sermon sur la création du monde, la distribution des queues aux animaux, des plumes aux oiseaux... Rire du public qui se rend ensuite dans un silence presque religieux dans la chapelle suivante, chacun semblant vivre intérieurement ces moments. A Saint-Servais, dans la pénombre, debout sur un banc, ayant pour seul éclairage deux chandelles, disposées de part et d'autre, Alain Le Goff conte, raconte, murmure presque pour ne pas réveiller les mauvais esprits, des histoires de Luci...fer, l'ange déchu, d'odyssée lointaines. Pour l'ultime halte de ce parcours, à Keryaquel, Sylvain Cesbron, dans la tribune, se rapproprie le lieu, lui crée une nouvelle origine. A chaque fois, de manière parfois ironiques mais toujours respectueux des lieux, les mots et les créations des plasticiens, se font écho et démontre avec force et poésie que l'on peut investir ces espaces de culte, les animer sans les dénaturer. Tout le monde clôture cette Nuit de Lucie, de manière conviviale, autour d'un vin chaud. Là, les commentaires de satisfaction se font jour sans retenu. Puis il faut se résigner à reprendre le car pour regagner le bourg dont les ruelles sont judicieusement mises en lumière. Il est 22 h 30, on retrouve la nuit...
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