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15 février 2007

le public fait bombance de bons mots avec Lucien Gourong

medium_LGOURONG.2.JPG2007, année de la gastronomie en Bretagne selon le Comité régional du Tourisme. Lucien Gourong l'a illustré de fort belle manière en dévoilant, à la médiathèque, "Des mets et des mots", son spectacle en chantier dont il entend concocter la version finale avec des petits marmitons spectateurs.

Si, pour le conteur Lucien Gourong, tout commence comme il se doit par "cette année là...", ensuite c'est dans un univers bien différents des farfadets, fées et autres personnages qu'il a entraîné son auditoire. Avec malice et délectation, il conduit son public autour des fourneaux ou à table, mêlant les mets aux mots. Vêtu d'un pantalon et d'une chemise noirs, dévoilant des rondeurs qui témoignent de sa gourmandise, il va, durant près d'une heure trente, mitonner un vrai festin évoquant tour à tour les viandes, les légumes, les poissons ; le tout nappé de bons mots. Il entremêle la petite et la grande histoire, le vrai et le faux sans que public puisse savoir où se situe la vérité. Mais telle est la force du conteur. Lucien Gourong, savoure chaque mot, chaque sous-entendu, distille avec gourmandise les évocations de poireaux à la vannetaise, du kig ha farz ; en raconte " des vertes et des pas murs, des histoires d'andouilles, de navets qui sont tellement navets que même TF1 les a refusés ! ». Le conteur surprend son public lorsqu'il entonne, avec la complicité de son accordéoniste, un " Elle aime à rire, elle aime à boire... ». La salle chante à son tour. Ses yeux pétillent, un sourire illumine son visage, on ne sait ce qui le fait saliver le plus : les mets qu'il décrit ou les mots avec lesquels il joue prenant à l'occasion des intonations à la Jean-Pierre Coffe quant il se fait le défenseur du terroir breton, "de son gras, son vrai gras, de son beurre salé."
Les bons mots notamment de Paul Scaron, le premier mari de Mme de Maintenon, ou de Pierre Dac côtoient les souvenirs, ceux des "repas des funérailles bretons où l'on mange mieux qu'à un mariage à Paris", des noces bretonnes "ou l'on tuait trois cochons et demi, mettait en perce 12 barriques de cidre, 10 tonneaux de vin et une carafe d'eau ! " Des histoires évocatrices chez les spectateurs qui approuvent en souriant, commentent à mi-voix. Lucien Gourong salive, essuie sa bouche presque machinalement comme s'il venait de faire bombance, lorsqu'il évoque le pain de Savoie à la crème au chocolat de sa maman, l'oie dévorée par la gloutonne Gervaise de l'Assommoir. "Ah qu'ils étaient heureux, ils ne mangeaient pas de hamburger (prononcé amburgure !)" déclare le gourmand conteur qui clôture son menu par l'évocation du pot au feu de sa meumé de Groix, sa madeleine de Proust (une tartine de pâté trempée dans le chocolat chaud), et une version personnelle de la chanson Les amoureux de Saint-Jean ou l'on trouve une tartine et une bernique !
Si tout comme lors de certains repas de famille, il peut y avoir quelques longueurs dans "ces mets et ces mots", les "convives", malgré tout, sortent rassasiés et satisfaits de ces agapes littéraires qui mettent en appétit à tous les sens du terme. Un spectacle qui va être mis et remis sur le fourneau, durant les Rencontres d'hiver qui se terminent le 4 février, avant de devenir, sans aucun doute, lors de sa sortie officielle à l'automne, un grand met à déguster sans modération.